Fractures

J’ai fait cette série de photographies hivernales pendant le dernier weekend, passé à Baie Saint-Paul, dans le comté de Charlevoix. Notre motel se situait sur une voie sans issue, menant sur une jetée. Devant nous se déroulait le Saint-Laurent. Un chaos de morceaux de glace recouvrait ce qui aurait pu être une plage, dans une autre saison. Je me déplaçais sur cette plage glacée à petits pas, pas tant par peur de glisser, que pour le plaisir coupable d’entendre les craquements pareils au verre qui se brise, sous chacun de mes pas. Un bruit un peu coupable, car destructeur, répété à l’envi, propagé par ce sol cassant, on aurait dit un mille-feuille polaire. Chaque pas construisait ou défaisait un motif, amplifiait une brisure, noyait une plaque mince de glace dans la vase affleurante. J’ai dû passer plus d’une heure, les yeux pointés vers le sol, l’objectif à la recherche d’une nouvelle pépite.

Je suis revenu sur la plage le lendemain matin, tout avait disparu sous un semblant de marée haute : volatilisés la belle lumière rasante, les crevasses, les canyons, les petits bulles d’air emprisonnées dans plus froid qu’elles. J’ai marché jusqu’au bout de la jetée, un homme assis sur un banc prenait le soleil. A vrai dire le banc semblait posé par terre, et l’homme aussi, à cause de la couche de neige qui recouvrait le sol sur une cinquantaine de centimètres. L’homme est un voyageur. Lorsqu’il parle de ses périples, son regard clair fait revivre les vies qu’il a laissé derrière lui, derrière les montagnes, de l’autre côté de l’Océan. Après avoir jasé un temps avec lui, je pris congé, pour retourner à l’hôtel. Et dans ma tête flottaient déjà des images de fin de week-end, des images du retour vers Montréal.

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