Livre « Suspense » du photographe Tim Parchikov

couv-Suspense-Tim-ParchikovLivre de photographies couleur du photographe russe Tim Parchikov, édité par Contrasto.
Dimensions 30 x 21 cm
136 pages
70 photographies couleur
Livre relié
Édition 2014

 

 

Sur le livre « Suspense » :

Les lieux photographiés dans ce beau livre vont d’Israël (Tel-Aviv), la France (Camargue, Paris, Versailles), la Belgique (Bruxelles, Antwerp), l’Espagne (Madrid, La Orotava, Tenerife), la Russie (Moscou), l’Italie (Naples, Toscane, Venise, Rome), la Turquie (Istanbul), l’Allemagne (Cologne), l’Islande, la Chine (Shanghai, Beijing, Haikou) à la Mer Morte.
Rares sont les repères spatiaux qui figurent sur les photographies de « Suspense » : la plupart du temps on ne peut que supposer, essayer de trouver des indices pour se raccrocher à quelque chose de connu.

Ainsi en page 26 (voir photo ci-dessus, ma photographie préférée de l’exposition je pense) on devine le terme « Restauration », on se trouve donc dans une ville francophone. Ce qui laisse encore beaucoup de possibilités pour se situer. Seules les légendes en page de gauche viennent préciser le lieu et l’année de la prise de vue (Bruxelles, 2006 dans ce cas précis). Et finalement une fois que l’on sait cela, on n’est pas plus avancé ! La photographie garde son mystère : pourquoi l’expression mal à l’aise de cet homme aux yeux tombants, qui tient de la main gauche son col de chemise. Il regarde une femme noire, assis à la table en face de lui. Elle-même tient quelque chose en main, cependant comme elle n’est pas dans la zone de netteté de la photographie, on se perd en conjecture : il semble qu’elle tienne une photographie ou un dessin de deux personnes, côte à côte. Puis à la gauche de l’image, se tient cet homme, debout, dont le visage n’est qu’en partie dévoilé par une lumière, comme s’il portait un masque. Il tient son portefeuille ouvert, c’est peut être de là que vient la photographie ? Le regard se décale à droite de l’image : un autre personnage, flou, qui semble regarder les deux protagonistes assis. Chaque endroit où se pose le regard ne donne pas d’informations au spectateur, au contraire, cela ne fait que renforcer l’interrogation, la perte de repères.

Parfois c’est la géométrie qui donne sa force aux images de Tim Parchikov (comme en page 41 -ci-dessus- où des ombres dégradées se répètent, ou bien en page 53 où l’image est construite par des lignes droites, perpendiculaires, en page 83 le motif des chaises se répétant à l’infini).

Parfois c’est la couleur (ci-dessus, en page 71, le mur dévoile une multitude de nuances allant du jaune pâle au brun), d’autres fois c’est l’apparente « bizarrerie » du sujet (voir l’aquarium déformé pris en photo à Shanghai en page 77). Les photographies ne dévoilent rien d’extraordinaire, et pourtant chacune d’elle dégage une part de mystère, comme ces jumelles (page 127) pointées vers un horizon cotonneux. Que se passe-t-il si l’on zoome sur du brouillard ? On se retrouve alors privé plus encore de repères, c’est exactement ce que les images du livre Suspense provoquent chez le lecteur.

En page 36, une photographie dénote du reste du livre Suspense de Tim Parchikov. Il y a fait jour, le soleil baigne une intersection de rue.

On pourrait alors croire que, ça y est, enfin Tim Parchikov se décide à en dire plus, à montrer les choses plus qu’il ne les suggère. En fait pas vraiment, la photographie semble prise à travers une surface transparente (vitre) maculée de traces blanches, comme si un laveur de carreau venait d’y déposer une couche de mousse avant de passer sa raclette. Là encore, les traces laissées par la mousse ont un motif étonnant : comme une trame en diagonale, du coup le reste de la photographie est plongé dans le flou, le contraste y est fort : les ombres ne dévoilent aucun détail, seul la lumière crue du soleil révèle par-ci par-là des automobiles stationnées dans la rue. On baigne dans le mystère, encore une fois.

Sur le photographe Tim Parchikov :

Sa mère : Olga Sviblova, dirige le Musée Multimédia de Moscou, voir son portrait sur le site du Monde.
Son père : Alexei Parchikov, poète russe, est décédé en 2009.
Tim Parchikov a étudié le cinéma à Moscou (Institut National de la Cinématographie)
J’ai découvert son style photographique inspiré du cinéma lors de l’exposition « Suspense »  à la Maison Européenne de la Photographie (sa 19ème exposition en solo), au mois d’octobre 2014.
Voir cette petite vidéo qui montre l’installation de l’exposition  : https://vimeo.com/110163799.
Tim Parchikov est aussi réalisateur : voir son très court métrage, « Matchbox », dont on devine le dénouement au fur et à mesure que les plans filmés par la caméra s’élargissent. Le point de départ : une boîte d’allumette qu’un homme fait jouer entre ses doigts, et dont le rythme lancinant interpelle. En 1min30, le spectateur se retrouve être finalement le témoin impuissant d’une exécution militaire. L’effet est glaçant.

Sur l’exposition à la MEP :

L’exposition Suspense de Tim Parchikov avait lieu dans une salle dont les ouvertures sur l’extérieur avaient été occultées et les lumières coupées (cf. l’idée de « chambre noire »). Chaque photographie étant éclairées par l’arrière (boîtes lumineuses). On se serait cru dans un cinéma, chaque image racontant sa propre histoire, son propre scénario. Le rétro-éclairage des photographies faisait vibrer les images, leur donnant une vie propre. J’aime beaucoup cette façon de mettre en scène la photographie couleur, car ces conditions -l’obscurité dans laquelle baignent les visiteurs- amplifient la part du spectateur dans la construction imaginaire de l’image.

Voici un aperçu de l’exposition :

On est face à chaque image, on peut faire abstraction de ce qui nous entoure, et se concentrer sur chaque image, laisser courir son imagination. Cette gymnastique de l’imagination est indissociable des photographies de l’exposition Contrasto de Tim Parchikov.

 

Sources :

http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2009/04/29/319768/
http://www.jaimepaslactu.com/jaime-pas-les-visites-guidees-1-tim-parkishov/
http://timparchikov.com
http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2014/09/18/03015-20140918ARTFIG00194-tim-parchikov-suspense-de-nuit.php
http://www.contrastobooks.com/product_info.php?products_id=584

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